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A propos de la manade / ganadería Hubert Yonnet….

Voici ce qu’en disait feu René Trouillet alias « Simbéu » le 18 juin 2009:

« Cette ganadería actuelle (élevage de taureaux de combat) a sa place dans les manades originelles car elle a été fondée parJoseph Yonnet en 1859 avec l’achat de taureaux de pure race Camargue à M. Saint-Clair de Laborde. Elle a fêté son 150ème anniversaire en 2009.

Dans la liste chronologique  elle est la seconde, puisque postérieure à celle de Charles Combet (1851).

A sa création, les pâturages se trouvent en Crau, au Mas d’Icart et au Mas du Village. LesYonnet ne s’installent à La Bélugue (les Salins de Giraud)  qu’en 1940.

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Hubert YONNET au micro lors du 150ème anniversaire à La Bélugue

En 1869 Josepht Yonnet a métissé ses bêtes, comme beaucoup d’autres éleveurs à l’époque (Théophile Papinaud, De Laborde, Chabaud, Pouly, Saurel, Viret…) tentés par « le renouvellement du sang » sensé renforcer la constitution physique du bétail autochtone considéré trop faible pour supporter les combats spectaculaires de l’époque, avec six vaches de Carriquirri, de race navarraise.
S’y sont ajoutés entre 1873 et 1910, vaches et « sementales » (étalons) de races Jijon, Ripamilan, Miura, Flores, Veragua, Lecumberri, Lizazo, Carriquirri. Il a ainsi obtenu pour la première fois ce que l’on a appelé « les croisés » que l’on trouve couramment dans les courses libres de l’époque.

Certains furent bien connus :
– Valdemore de Yonnet,
Lou Caveyrac de Papinaud,
– Lou Para* de Pouly
– …

Joseph Yonnet est décédé en 1894 et ses fils Christophe et Valentin ont poursuivi la politique de leur père.

A la mort de Christophe en 1912, son frère se défait d’une partie du cheptel au profit de la Compagnie Alais, Forges et Camargue (la future Société Péchiney). Sont importés alors des vaches de Candido Diaz Carrascou, de grande renommée à l’époque et deux reproducteurs d’origine Celso Pelon achetés à Joseph Sol, ganadero et impresario de spectacle taurin.

Il faudra attendre 1939 pour que Christophe, le second du nom, petit fils de Valentin, rachète ce troupeau qu’il a d’ailleurs dirigé de nombreuses années pour le compte de Péchiney.

La première présentation en corrida de taureaux qui a lieu en Arles le 15 juin 1947 est triomphale. Mais devant les piètres résultats ultérieurs Christophe changera radicalement de stratégie en achetant la ganadería de la rejoneadora Conchita Cintron d’origine Parladé par José Lacerda y Pinto Barreiro en 1950. Ils arrivent à la Belugo le 10 juillet 1950.
En 1951 il acquiert huit taureaux Pinto Barreiro.

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Hubert Yonnet prend la relève en 1956 et poursuivant l’option paternelle se défait de tous les produits croisés, se consacrant à l’unique élevage du « toro brave ». 

Depuis lors, on peut considérer que la manade Yonnet est devenue la ganaderia Yonnet.
Dans les années 80, il achète à Santiago Martin « El Viti » un reproducteur de lignée Atanasio Fernandez par Lisardo Sanchez.

Président depuis 1972 de l’antique Confrérie des gardians de saint Georges, qui fêtera ses 500 ans en 2012, Hubert Yonnet est le responsable de la plus ancienne société de secours mutuel de France, au service des gardians blessés ou malades.

« Les Yonnet » ont été présentés pour la première fois en Espagne en 1979 à Barcelone, la première corrida de taureaux sous son fer actuel en 1983 à Palavas, la première corrida formelle en Espagne en 1987 à Barcelone, à Madrid en 1991, à Séville en 1992.

Source:  Généalogie des manades actuelles (3/12) : YONNET

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Voici ce qu’en disait « Valeurs actuelles » pour son 150ème anniversaire:

L’élevage d’Hubert Yonnet a été créé dans le delta du Rhône il y a cent cinquante ans. Ses toros participeront à la féria du Riz, à Arles

Quand, le 11 septembre, 550 kilos de muscles et de rage jailliront du toril des arènes d’Arles, un frisson teinté d’émotion parcourra l’assemblée assise sur les pierres de l’amphithéâtre romain,patinées par le soleil et le vent. Ce toro, en effet, porte sur la cuisse gauche, marquée au fer, un Y: il vient de la Belugo (“étincelle” en provençal), un mas emblématique situé aux portes de Salin-de-Giraud où vit l’éleveur Hubert Yonnet.

La Camargue avec ses passions, ses coutumes et ses moeurs est ici chez elle. À l’heure où le soleil dessine sur le sol des ombres indécises, ce toro va livrer son ultime combat. Émouvante tragédie pour célébrer un anniversaire : la plus ancienne ganadería française a vu le jour en 1859. Cent cinquante ans d’efforts et de sélections très rigoureuses ont engendré des toros qui se distinguent, jusqu’en Espagne, par leur noblesse et leur allant.

L’élevage d’Hubert Yonnet est riche de 300 bêtes et de 100 chevaux répartis sur 1 200 hectares, proches de la Belugo. L’homme est âgé de 83 ans. Rude et direct, il sourit peu mais ses yeux malicieux, toujours en éveil, soulignent sa vivacité d’esprit. Homme moderne d’une autre France, celle des traditions et des habitudes, son nom est indissociable de l’histoire de la Camargue. Hubert Yonnet est l’héritier d’une dynastie dont la ténacité, la persévérance et la connaissance restent les tenants de sa vie, entièrement vouée à l’élevage du toro de combat, quelles que soient les saisons et les intempéries. Une noblesse de la terre sans particule, dont la devise est depuis toujours “Je maintiendrai”. Une leçon pour l’avenir de ces pâtures sauvages, balayées par le vent, gorgées d’eau et grignotées sans vergogne par le tourisme et la riziculture.

La saga des Yonnet commence en 1859 quand Joseph, gardian en Crau, décide de créer sa manade. Quelques années plus tard, il traverse le Rhône pour s’établir en Camargue. Il est renommé dans le delta. C’est lui qui, le premier, eut l’idée de croiser ses bêtes avec du bétail hispanique, en 1869. Les taureaux camarguais, au physique comme au moral, sont différents des toros ibériques. La distinction est identique à celle existant, par exemple, entre un percheron et un cheval de course. Mais ces croisements, pourtant imités par d’autres éleveurs de l’île du Rhône, ne donnent pas satisfaction : le combat de ces bêtes reste inférieur à celui des pures races espagnoles.

En 1948, Christophe Yonnet passe à la vitesse supérieure en faisant l’acquisition de l’élevage de Conchita Cintron, la “déesse blonde” qui, aux alentours des années 1950, combattait à cheval dans les arènes. Le choix est judicieux. Ces toros, d’origine Pinto Barreiros, ont un sang de race brava. Ils arrivent à la Belugo le 10 juillet 1950.Pour le mas et ses locataires, une autre aventure commence.

Le fils de Christophe Yonnet, Hubert, aime rappeler que son père lui a toujours adressé la parole en provençal. Ce n’est que quelques jours avant sa mort qu’il s’est exprimé en français. En 1956, Hubert succède à Christophe qui lui avait dit : « Pour élever des taureaux, il faut être droit. Tu ne peux pas faire autrement. On ne triche pas. » Le nouvel éleveur a 30 ans. Il prend une décision capitale : ne garder que les bêtes d’origine pure espagnole. La manade Yonnet devient alors la ganadería Yonnet.

Des toros bravos ont porté haut les couleurs (le vert et le blanc) de cet élevage toujours attendu. Ainsi de Montenegro, lidié à Saint-Sever le 23 août 1981. Un combat dont les témoins parlent encore aujourd’hui.Ainsi de Pascaluno, gracié le 2 juillet 2002 à Lunel. Et d’autres guerriers encore qui peuplent les récits des aficionados : Carabin, combattu le 30 mars 1997 à Arles, et Cassaïre, le 14 août à Roquefort. Et soudain, la consécration. Une de ces journées qui sont pour le ganadero le moment suprême de toute une vie : voir ses bêtes surgir sur le sable du temple de la tauromachie, Las Ventas, à Madrid. Le 4 août 1991, en effet, six toros de la Belugo livrent un combat dur, âpre, sans merci. Cet affrontement a lieu sous les yeux de la comtesse de Barcelone, mère du roi. Au palais de la Zarzuela, on est aficionado.

Hubert Yonnet est retourné en Espagne le 19 juillet 1992, à Séville, où se tient l’Exposition universelle, dans l’élégante et romantique Maestranza. Une arène mythique, à deux pas du Guadalquivir et de la tour de l’Or qui, jadis, accueillait les gros galions venus des Amériques et remplis du précieux métal.

Ainsi, le ganadero Yonnet a été le premier éleveur français de toros bravos à voir s’ouvrir devant lui les arènes d’Espagne. Historique, si l’on sait combien Castillans et Andalous, Salmantins et Navarrais sont jaloux de leur fiesta nacional. Avant Madrid et Séville, il y avait eu, en 1979 et 1987, Barcelone, où les pensionnaires de la Belugo connurent « un succès comparable sinon supérieur à celui de nombreux ganaderos espagnols », affirme Pierre Dupuy, l’ancien directeur de Toros (cette publication française, qui est la plus ancienne des revues tauromachiques, compte près de 2000 abonnés dans l’Hexagone).

Un attachement à la Provence, sa langue, sa terre, ses traditions…

« Le toro, c’est ma raison de vivre. Je ne vis que pour ça »,confie Hubert Yonnet. Naturellement, tout au long de sa vie d’éleveur, il a eu des déceptions.« La tauromachie n’est pas une science exacte », constate Simon Casas, le bouillant directeur des arènes de Nîmes. Les incertitudes sont nombreuses, à commencer par le caractère du toro. Mais les journées décevantes sont vite oubliées, gommées par ces heures exaltantes quand le toro charge droit et s’engage avec vivacité dans la muleta.

Président depuis 1972 de l’antique Confrérie des gardians de saint Georges, qui fêtera ses 500 ans en 2012, Hubert Yonnet est le responsable de la plus ancienne société de secours mutuel de France, au service des gardians blessés ou malades. En Camargue, l’affaire est connue. Mais au-delà du Rhône?

Il faut participer chaque 1er mai à la fête des Gardians organisée à Arles par la Confrérie. Ici, pas de revendications, ni de pancartes. Seul le bruit des sabots des chevaux frappant les pavés des venelles trouble la quiétude de la vieille cité. Sous le soleil du printemps, un autre monde, sérieux, secret et solidaire qui se méfie du Nord. Un rassemblement, noble et fier, pour marquer son attachement à une terre brûlante l’été, glaciale l’hiver. Rendez-vous sur le boulevard des Lices, avec gardians et arlésiennes montées en croupe.Le cortège,chevaux et cavaliers, un brin de muguet à la boutonnière, gagne la place du Forum pour un “salut” à Frédéric Mistral. Discours en provençal et chants de la Coupo santo. Une odeur de cigale, de ciel azur, de garrigue et du temps qui passe envahit la place. Puis gardians et arlésiennes se dirigent vers Notre-Dame-de-la-Major, avec l’abbaye de Montmajour pour horizon. Les chevaux sont bénis et la messe dite en lengo nostro. L’après-midi, jeux taurins aux arènes. La tradition n’est pas morte.

À l’heure d’une mondialisation étouffante, il existe encore des hommes solitaires, cachés dans l’île de Camargue, qui élèvent des toros bravos pour, à las cinco de la tarde (à 5 heures de l’après-midi), affronter des princes vêtus de lumière.

 

Source:  Gardian de la tradition

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